jeudi 9 décembre 2010

LES CHANGEMENTS DANS LA PERCEPTION DES CRIMES DE L'INCESTE ET DE L'ABUS SEXUEL

ICI, JE M'INTÉRESSE AU CRIME DE L'INCESTE PARMI LES AUTRES CRIMES. JE MONTRE QUE TOUT CRIME ENTACHE LA VICTIME ET QUE L'INCESTE EST LE PIRE DE TOUS.
L'INCESTE A TOUJOURS ÉTÉ PRATIQUÉ MAIS CE N'EST QUE RÉCEMMENT QU'ON LE RECONNAÎT COMME CRIME. PARLONS-EN!

Permets-toi d'imaginer que tu subis une agression criminelle - tentative de meurtre; torture ou séquestration physique; ''hit and run'' qui te laisse des handicaps indélébiles; écrasement de ta toiture mal construite par ton entrepreneur qui te prive d'un bras et d'une jambe; à ton choix (quoique ici, comprends moi bien, je ne te veuille, certes, aucun mal ) - tu pourras, je peux te l'assurer, compter sur les institutions protectrices de la société. La police et les pompiers viendront à ton secours, les services hospitaliers seront à ton service, tu auras droit à des soins psychologiques post-traumatiques, on arrêtera ton agresseur, on le traduira en justice, tu auras droit à plusieurs lignes de nouvelles dans les divers médias, tes voisins viendront te voir pour sympathiser, tes amis accourront pour t'aider, tu pourrais même partir une fondation si les sévices que tu as subis ont un poids « marketing » qui suscite un surplus important de sympathie. Mais, sois assuré, d'une façon ou d'une autre, tu recevras pour ces crimes dénoncés par la loi tout le support et la sympathie des membres de notre société et la mienne certainement. Et je suis ravi qu'il en soit ainsi. Je suis ravi de vivre dans une société de droit. Je peux t'assurer aussi que ce capital de sympathie sera si universel que tu ne sentiras en rien les quelques dissidences qui pourraient exister, s'il en existait dans notre société. Tu ne rencontreras probablement personne qui insinuera ou te dira explicitement de te taire plutôt que de te plaindre, personne qui s'en lavera les mains en te disant que c'est la vie et qu'on n'y peut rien, personne qui manifestera de l'impatience à ton récit des sévices subis et qui sonnera l'heure de passer à autre sujet. Non, je peux même te dire que tu ne rencontreras probablement personne qui t'incitera à garder l'anonymat sur ton expérience et qui valorisera l'attitude du silence.
Il en est ainsi parce que dans notre société de droit, comme dans celles qui veulent le devenir, dénoncer l'injustice criminelle commise par des pairs constitue une contribution essentielle au maintien et au progrès de cette société. Celui ou celle qui garderait le silence ou chercherait à faire taire la dénonciation d'un crime contre la personne, comme ces crimes que j'ai nommés, serait perçu comme asocial et serait classer rapidement dans le groupe de ceux qui menacent le maintien des liens sociaux. Il serait traité éventuellement comme un criminel potentiel. Oui, convenons-en, le législatif, l'exécutif et le judiciaire sont ces merveilleuses institutions qui ont développé un système de droits, lesquels ont permis peu à peu l'établissement du lien de confiance nécessaire pour vivre ensemble. Sans droit, sans police, sans justice, les autres constitueraient une menace insupportable à sa propre existence. Le droit est le ciment de la société et oeuvrer à faire progresser la justice constitue une contribution au développement de la société et de la civilisation humaine.

Mais tous les crimes que le droit dénonce ne reçoivent pas le même niveau d'aversion-réprobation de la part du public. Et ce niveau d'aversion-réprobation varie d'une société à l'autre et d'une époque à l'autre.
Ainsi, les crimes contre la personne ne sont pas perçus de la même façon que les crimes économiques. Certains crimes économiques, comme ceux de Robin des Bois, ont pu recevoir, à l'occasion, l'admiration de la part du public même si la loi les réprouvait. Ceux qui s'enrichissent "rusément" ont pu être perçus comme "intelligents". Mais on sent bien qu'Angéla Merkl, comme un grand nombre d'européens, ne décolèreront pas devant les 300 millions de dollars empochés par Golden Sachs qui a permis de maquiller la déconfiture des finances de la Grèce et de d'autres pays de l'UE: Espagne, Portugal, etc.. L'époque de mondialisation a permis l'émergence de voleurs mondiaux, mais on voit mieux que ces voleurs font du tort à tous. Du tort grave. Si grave que notre envie de leur enrichissement ne parvient pas à obnubiler le tort occasionné à tous. Une vision plus globale émerge où justice sera réclamée pour les crimes économiques, écologiques....etc. La gravité de ces crimes et leur réprobation est en augmentation et continuera de l'être.

Mais, je reviens aux crimes contre les personnes et je réaffirme ici que tous les crimes contre la personne ne reçoivent pas le même genre de réprobation et les blessés de ces crimes ne reçoivent pas tous le même niveau de sympathie de la part du public. Tu as été plutôt chanceux dans les exemples de crimes dont je t'ai fait virtuellement victime pour aider à ta compréhension. C'étaient des crimes qui attirent l'aversion et la sympathie universelles, des crimes dont la reconnaissance est bien implantée depuis les enseignements anciens qui formulaient l'injonction de ne pas tuer son voisin. Ils sont donc au « top »ou presque. Mais, d'autres crimes qui sont peut-être aussi graves, plus graves même ont une moins longue histoire, et comme ils sont devenus réprouvés par la loi plus récemment, le public, dont la moralité n'est peut-être pas encore à ce niveau, n'offre encore aux victimes que peu ou pas de sympathie. Ce sont des crimes contre la personne qui ont été inventés ou plus justement inventoriés au vingtième siècle, il s'agit des crimes de guerre et des crimes sexuels, du moins sont-ce ceux là qui me fascinent et m'interpellent.

(Je fais ici un autre aparté que je mets entre parenthèses. Excuse, je te prie, mon imaginaire qui aime brasser le réel dans un large spectre et que je peine à endiguer. Certes, j'ai parlé de certains crimes dont les victimes sont au ''top'' de la sympathie publique, mais il est certain que si tu es plus simplement victime, disons d'un séisme, comme celui d'Haïti, que tu es un enfant qui n'a plus qu'un bras, que tu as de plus perdu tes parents au cours du tremblement de terre alors, la sympathie sera telle qu'on voudra te « rapter », pour te sauver de ton pays et tu pourras sans peine être adopté dans un autre pays mieux nanti, peut-être même seras-tu vendu à gros prix. Tu auras alors suscité une sympathie maximale que tu n'aurais certes pas si le bras qui te manque, toi un noir, tu l'avais perdu à l'occasion d'un crime crapuleux à l'encontre de ta famille et au cours duquel tes deux parents auraient été liquidés. Le criminel entache toujours un peu sa victime de son aura particulier et tu générerais un capital de sympathie moindre que le haïtien de souche. Les « Acts of God » provoquent une cote de sympathie de niveau plus élevé que les crimes humains pour un même résultat sur la victime. Les perçus puissants de l'univers, y compris le « dieu top » créé par les puissants de la planète, sont toujours davantage et plus facilement excusés que les plus faibles. J'y reviendrai: Dieu m'apparaissant, maintenant que je vieillis, se situer davantage parmi les plus faibles.)

LES NOUVEAUX CRIMES DU XXE SIÈCLE:
LES CRIMES DE GUERRE

Je reviens aux crimes d'invention ou d'identification plus récente: ceux sexuels et ceux de guerre. Oui, les crimes de guerre sont récents. Pendant longtemps, en occident notamment, la morale catholique a justifié les états nationaux qui faisaient la guerre, si telle guerre était "juste", ajoutaient ces censeurs universels. On voit la distinction, de raison raisonnante, entre "juste" et "injuste", n'est-ce-pas! Cette église qui avait inventé l'Inquisition et les Croisades pour ces propres fins de pouvoir dans les choses humaines ne pouvait pas ne pas autoriser les états à tuer ....pour une cause "juste", certes!!!. Elle l'avait fait elle-même. Dès lors la guerre, ne fut pas un crime pendant belle lurette.
Mais, à la fin du 19e siècle, les moyens de tuer efficacement ayant augmenter de façon exponentielle, certains humanistes commencèrent à vouloir protéger les simples civils des "dégâts collatéraux" que causent ces guerres. Un première convention de Genève est signée en 1894 sous l'instigation de Dunant, le même qui fonda la Croix Rouge. Mais, malgré cette convention, la guerre de 1914-1918 ne fut pas sans "dommages collatéraux" sur les civils. On parle de 10 millions de morts et de 20 millions d'invalides pour cette première guerre mondiale. Un cumul de souffrances ''unbelievable''. (Le mot ''olympique'' ferait peut-être l'affaire ici. Excuse-moi du qualificatif provenant de l'air du temps!).

La convention de Genève fut donc révisée et précisée et renforcée et signée à nouveau après cette expérience désastreuse. Les "nations civilisées" donnèrent naissance à la Société des Nations pour concrétiser leurs souhaits, leurs voeux, pourrait-on dire, de faire prédominer la diplomatie aux guerres que les populations trouvaient, ma foi, de plus en plus injustes. Mais les populations en décident bien peu. Et les chefs d'états réussirent à convaincre leurs populations qu'on avait mené de justes guerres et, par de multiples entourloupettes, la mémoire des horreurs fut ravalée. Et puis, les générations se succédèrent dans une nouvelle culture plus individualiste et tournée vers l'immédiateté du plaisir consommable. Oui, la mémoire des horreurs a tendance à s'oublier et fut oubliée ou presque en un peu plus de vingt-ans.
On se retrouve donc, peu de temps après, dans une toute nouvelle guerre mondiale, un peu plus longue, un peu plus destructrice, un peu plus barbare, un peu plus mondiale soit celle qui eut cours entre 1939 et 1945. Et, à la fin de ce nouvel hécatombe, on pouvait compter (cela a pris quand même un peu de temps pour compter jusque là) 62 millions de morts...environ...et des invalides...non dénombrés. On peut se rappeler qu'au cours de ce conflit mondial, les populations civiles ont été plus nombreuses en dénombrement (sic) que les populations de soldats (être membre des forces armées était alors moins risqué); que cette guerre avait fait plus de victimes que l'ensemble de toutes les guerres, de toutes les époques antérieures, depuis le début de l'humanité. On peut ajouter aussi que les horreurs guerrières furent "innombreuses" et partagées assez équitablement entre les camps des belligérants. Mais, le vainqueur a toujours les moyens de se refaire une réputation et, à la fin du conflit ou après le conflit principal, (je ne sais comment dire) on tuera, par milliers, les criminels survivants du camp adverse. Cela fait du bien au peuple et dérive l'attention qu'il pourrait porter sur ses propres dirigeants. Il était pourtant vainqueur le vainqueur et avait du déverser un poids total de bombes plus imposant que ses opposants pour vaincre définitivement. Mais... Le vainqueur, non criminel, lui, prétendait-il, a institué le procès de Nuremberg pour montrer l'inqualifiable cruauté des nazis. Et c'était inqualifiable; difficile de ne pas en convenir! Les juifs qui avaient été les sujets d'un projet de génocide particulier et payé un tribut de 5 à 6 millions des leurs n'ont pas quitté l'avant-scène et ont tenté de maintenir la mémoire du crime contre l'humanité. Pour ma part, je dis merci pour cet effort de constituer une mémoire de certains crimes de guerre car telle mémoire porte le germe de la fin de la guerre dans l'histoire humaine. Je crois en la capacité humaine de constituer de l'expérience au delà des apparences d'oubli. J'apprécie les Wiesenthal et les Klarsfeld de ce monde qui crient à la justice et en trouve les nouveaux moyens.
Mais...
Depuis 1945, le génocide s'est popularisé dans les états tyrans et de nombreux génocides ont été perpétrés. Il y en a en cours, au jour d'aujourd'hui. Des guerres plus nombreuses que jamais ont été menées. Des guerres par des états tyrans, des guerres par des états dits démocratiques.
À travers ce magma de bêtises, deux ou trois phénomènes nouveaux, signifiant pour moi l'émergence d'une conscience élargie dans l'humanité, m'apparaissent particulièrement significatifs.
Le premier phénomène est l'apparition d'une justice internationale et d'un tribunal pénal international. Le début à Nuremberg. ( C'est la nature du paradoxe de montrer le constant mélange des ingrédients: le mieux naissant souvent du moins bien!). Et ce tribunal international a été actif récemment pour les criminels de l'ex-Yougoslavie et pour ceux du Rwanda. Des tribunaux semblables ont été mis en place au Cambodge dernièrement. La Commission Vérité et réconciliation en Afrique du sud, les Gacaca au Rwanda ont été aussi des mécanismes de justice pour juger de génocides et des crimes guerriers. Les russes même reconnaissent les horreurs du génocide stalinien avec quelques dix millions de mort.
Le second phénomène est l'émergence d'une nouvelle capacité chez de larges pans de population, dans de très nombreux pays, de descendre dans la rue pour s'opposer à la guerre, à la guerre en Irak, particulièrement. Tu te souviendras de février 2004 où des millions de citoyens de la planète, en Europe, en Amérique notamment, sont descendus ensemble dans la rue, représentant dans leur communauté des opinions majoritaires de 70 à 80% à l'encontre de cette guerre en Irak. Oh! Certes, les politiciens ne veulent pas abandonner leur privilège de faire la guerre, la guerre "juste", et ils ont, malgré leur population, mené la guerre en Irak et ailleurs. Mais, l'opposition populaire à toute forme de guerre a connu, alors, une visibilité sans précédent. Et cela se poursuivait, il y a quelques mois à peine, par l'examen forcé des décisions de Tony Blair, premier ministre ayant décidé, peut-être à l'encontre des lois de son pays, de plonger la Grande-Bretagne dans cette guerre contre l'Irak. L'humanité semble retrouver de la mémoire « RAM ».
Et enfin, autre phénomène récent dans ces états démocratiques et guerriers, une nouvelle demande pointe de la part des soldats éclopés qui ne se contentent plus de médailles d'honneur, de symboles de bravoure, de monuments au soldat inconnu et de pensions à vie qu'on leur offre à grand tour de bras, voire qui rejettent ces symboles propres à endormir la mémoire des crimes. Ils demandent plutôt des soins post-traumatiques et la reconnaissance que leur conscience intime a été blessée par une situation inimaginable d'horreurs humaines. Ces soldats victimes se voient de plus en plus souvent comme des blessés par des actes criminels, actes par lesquels on a cherché à les conditionner à tuer leurs semblables humains sans arrière-pensée, actes criminels des autorités politiques de leurs propres pays qui décident de faire la guerre. Valse avec Bachir (http://mindfood.no-distance.net/rails/public/pictures/1018.jpg) est un exemple, - en film d'animation qui peut nous apparaître plus vrai et plus cru que la réalité - de cette nouvelle contestation et de la scission qui s'installe entre les chefs d'états et leurs soldats. Je note que cette scission s'ajoute à la scission entre les chefs d'état et leur population. La guerre se criminalise pas à pas; vive la Vie!
Je veux ici mettre en évidence que les nouvelles émergences morales contre la guerre sont le fait des victimes. Elles se battent contre des machinations puissantes disposant de ressources et de moyens presque illimités. Je dis presque parce que le pouvoir des chefs, - qu'ils soient démocratiques ou tyrans ne semble faire encore que des différences mineures! - ce pouvoir des chefs donc est plutôt disposé à tout détruire pour faire prévaloir leur position prédominante. Si les chefs veulent la guerre, ils la feront prévaloir dussent-ils saigner les leurs. Les chefs d'état dont on attendrait qu'ils fussent de bons pères pour leur population, qui le prétendent assurément, sont plus souvent qu'autrement des « abuseurs ». Et ils sont supportés par un très grand nombre de leurs concitoyens même quand ils sont des tyrans. Le spectacle du Chili sous Pinochet, ou celui du Zimbabwe devant l'indécrottable Mugabé le montre d'abondance. Hitler n'est qu'un cas plus patent parmi une multitude de cas semblables. Suivi avec beaucoup d'unanimité par tout un peuple. Une des armes puissantes que les chefs d'états utilisent pour mater toute résistance est celle de la culpabilisation de leurs victimes qui ne doivent pas mordre la main qui les nourrit...main qui est leur survie et leur vie: le pays, la nation. C'est l'injonction commune "Honore ton père et ta mère" et celles sous-jacentes évidentes pour tous "Honore ton chef, surtout ton chef d'état; Honore ton pays et ta nation" qui sont en arrière-plan et bien imbriquées dans la conscience intime de tous les citoyens! Et, dans la grande majorité des sociétés humaines y compris les USA et le Canada, quiconque conteste le chef de l'état guerrier ou le fait que sa nation soit en guerre, est nécessairement perçu comme injustifié par une très grande majorité. On croira que cet agresseur de la nation a perdu la tête, qu'il est fou certainement; c'est une personne qui manque de respect à l'égard de tous, de son pays, de sa patrie, laquelle lui a tout donné. Sa révolte est irrecevable. La majorité aime le statu quo par dessus tout. Dans plusieurs sociétés un peu moins démocratique que la nôtre, cet agresseur risque la prison pour crime contre l'État, la nation, la patrie.
Alors, je le dis même si j'encours quelques risques pour ma réputation, notre pays, le Canada est en guerre "injuste et injustifiée" comme le sont les USA, la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, l'Italie, etc.. Un « et coetera » que je suis incapable de dénombrer. Et, maintenant que le pays est en guerre, on s'en plaint fort peu dans l'opinion publique. Au contraire, on se trouve héroïques de sacrifier nos jeunes hommes et nos jeunes femmes à de si nobles causes. Ce sont des braves. Et vive l'ADQ qui a proposé récemment de rebaptiser l'autoroute Henri IV près de Val-Cartier en autoroute de la Bravoure!
Pour ma part, je suis admiratif de ces quelques phénomènes moraux émergents par lesquels des citoyens s'opposent à la guerre et la font advenir au rang de crime à réprouver. Je souhaite une société mondiale fondée sur le droit dont la guerre est exclue au titre de crime contre la personne, de crime contre les personnes, de crime contre l'humanité.

LES NOUVEAUX CRIMES SEXUELS
Parmi les nouveaux crimes contre la personne, inventés (!!) ou plutôt inventoriés au siècle dernier, se retrouvent également les crimes sexuels. Ils ont une parenté avec les crimes de guerre par plusieurs biais, mais au premier titre, quantitatif celui-là, par leur augmentation sans précédent depuis qu'on les a identifié et ils progressent à un rythme extrêmement rapide. Et ils ont aussi des liens de parenté qualitatifs et plus profonds avec les crimes de guerre. Les guerres ont traditionnellement été menées et nourries pour et par la rapine des vivres et des ressources et tout aussi bien pour et par l'esclavage et le viol des femmes et des enfants à la satisfaction des divers plaisirs sexuels des soldats et de leurs chefs. Des guerres sans viol, des guerres sans abus sexuels sur les femmes et les enfants, cela n'existe pas, n'a jamais existé et n'existera jamais. Qu'il se lève celui qui peut en nommer une!
L'église qui a cautionné les guerres "justes" n'a jamais pour autant dénoncé les crimes sexuels dont elles se nourrissent toutes et chacune. Elle commence à peine à réprimer les crimes sexuels dont ses représentants furent constamment coupables auprès des femmes et des enfants. Récemment encore des concitoyens étaient devant le collège Notre-Dame avec leurs pancartes, un collège situé devant l'Oratoire du nouveau Saint Frère André, un coreligionnaire des Frères de Sainte-Croix parmi lesquels on compte de nombreux « abuseurs » de générations de petits gars qui fréquentèrent cette institution de renom au Québec.
Dans une perspective historique plus large encore, je remarque que les commandements de Dieu défendent à l'homme de désirer la femme de son voisin et de forniquer avec elle, mais qu'ils n'effleurent en rien les propres enfants de cet homme, ni ne conditionnent le désir de fornication de cet homme par le libre consentement de la personne visée par ce rapport sexuel. Les commandements de Dieu, par leur abstention, ouvrent grande la porte à l'inceste et à l'abus sexuel. Je suis incapable, malgré ma recherche, de trouver dans la Bible une trace d'un possible abus sexuel de la part d'un père ou d'une mère sur son enfant. Oui, le crime semble récent.
Comprenons que c'est hier, dans les sociétés occidentales, que les femmes et les enfants ont acquis des ''droits de cité'' comme personne. Au cours du vingtième siècle qui suit l'époque de Jésus, quoi!. Ces droits ne sont pas encore centenaires et ne sont en rien universels sur notre planète. Et on doit comprendre que l'affirmation des droits vient toujours avant leur reconnaissance universelle dans les sociétés concernées et bien, bien avant que les membres de ces sociétés éprouvent une sympathie automatique pour les victimes de ces crimes. C'est le cas dans notre société. Ici, je me permets deux citations pour aider à dater ces nouveaux droits des femmes et des enfants.
Droits des femmes:
« Les Nations unies ont célébré, le 13 octobre 2004, le 25e anniversaire de la Convention sur toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW). 25 ans après l’adoption d’un texte que l’on considère comme une véritable charte des droits de la femme, cet anniversaire a été l’occasion de mesurer les progrès réalisés vers la reconnaissance et la mise en œuvre des droits de la femme dans le monde. (http://www.aidh.org/Femme/HP_DdF.htm)
Le mot enfant nous vient du latin "infans" qui signifie : "celui qui ne parle pas." On voit déjà fidèlement se refléter dans cette origine du mot une conception bien particulière de l'enfant : "soit sage et tais toi !"
Ainsi les pères gaulois, avaient droit de vie et de mort sur les enfants.
Les lois romaines autorisaient les hommes à accepter ou refuser un enfant à sa naissance.
Ce sont les philosophes du XVIIIe siècle qui fondèrent notre réflexion actuelle de l'éducation et l'épanouissement de chacun.
....
... la convention internationale des droits de l'enfant voit enfin le jour le 20 novembre 1989 !
À ce jour 192 pays ont ratifié cette Convention les obligeant ainsi à mettre leurs lois en conformité avec ce texte. C'est la convention la plus ratifiée de toute l'histoire. Il est intéressant de noter que les États Unis ne l'avaient pas signée car elle interdit la peine de mort pour les mineurs. Les États Unis ont aboli la peine de mort pour les mineurs en janvier 2005 mais, à ce jour, n'ont toujours pas ratifié la convention. » (d'après "Le grand livre des droits de l'enfant" de Alain SERRES - Editions Rue du Monde)
... et je reviens aux crimes sexuels...
L'abus sexuel des femmes est encore affaires quotidiennes dans nos sociétés et on peut constater que la pornographie notamment est une industrie florissante. Notre société compte parmi les sociétés où, périodiquement, se manifeste le projet de légaliser la prostitution! Le fantasme sexuel de blesser la partenaire, de l'asservir semble encore assez courant sur les sites pornographiques. Le cas du lieutenant-colonel Williams est fascinant qui allie soldat haut-haut gradé et crimes sexuels d'asservissement jusqu'au meurtre. Il est tout récent que les victimes de viol - des femmes dans une très, très grande proportion comme nous le savons tous - reçoivent de la part de la police et de l'appareil judiciaire la considération qui leur est due. Du moins, veux-je le croire|! (La victime est demeurée fort entachée par le fait que le crime commis soit plus récent dans son identification et par le fait qu'elle soit toujours perçue comme faible dans la société.) Les abus sexuels sur les femmes sont de mieux en mieux criminalisés et les victimes reçoivent de plus en plus la sympathie du public...mais...mais, il reste un grand bout de chemin à faire... nommément pour ces femmes sous voiles qui sont récemment apparues dans nos sociétés et qui peuvent être tuées par des membres virils de leur propre famille si elles ne sont pas sages. Et ailleurs dans le monde, les femmes sont encore excisées en grand nombre et majoritairement asservies sexuellement. Oui, il y a probablement plus de femmes asservies sexuellement sur notre planète que de femmes qui peuvent disposer librement de leur vie sexuelle. Cela pourrait nous inciter à réfléchir, ma foi!
La pédophilie pour sa part reçoit toujours suffisamment d'engouement pour qu'elle occupe une place de choix dans la pornographie sur le web et que ce crime soit en progression partout, surtout comme activité touristique. Mais, si la pédophilie est en progression comme s'il s'agissait d'un crime doux et tendre, surtout quand il est perpétré dans un pays de vacances ou encore qu'il n'est que virtuel dans des images pornographiques, les pédophiles avérés sont maintenant, par contre, fortement dénoncés dans notre société. Comme s'il y avait une pédophilie douce et quotidienne acceptable et des pédophiles avérés, dégueulasses. Le jeunisme général de notre société, l'"abhorration" des poils adultes sur les corps des hommes et des femmes qui, s'ils souhaitent être désirés ou désirables, doivent se dépiler au laser, le bikini, et tout le nid, et l'aisselle, et l'aine, et l'anus, et l'orteil pour avoir une vie sexuelle propre et "normale", tout cela manifeste bien la tendance générale qui veut que l'éphèbe et la pré-pubère soient des icones sexuelles supérieures. Des icones propres aux pédophiles, quoi! Pas surprenant que même des évêques soient pris au jeu comme, dernièrement, celui, acadien, collectionneur de pornographie infantile et juvénile. Mais, la société trouvent dégueulasse les pédophiles avérés et pervers que les parents d'enfants dénoncent, forçant ainsi la justice hésitante à l'endroit des pédophiles libérés au sixième de leur peine à identifier plus facilement leur lieu de résidence. Et ces parents sont, en cela, les fers de lance pour faire avancer la répudiation de ces crimes et l'augmentation du capital de sympathie pour les victimes. On devient de plus en plus atterré d'imaginer ces prédateurs mangeurs d'enfants sans défense, consommateur de chair fraîche, comme on le dit populairement et machistement. Nous progressons devant ces "nouveaux" crimes qui ont toujours existé.

...et le crime en reste, celui de l'inceste

Oui, l'inceste est en reste, loin, à la toute queue des nouveaux crimes sexuels.
Il est un crime bien récent. Il ne fait pas l'unanimité en occident. Un commentateur de l'Express de Toronto
(http://www.lexpress.to/archives/3815/ ) se demandait récemment (mai 2009) si on doit légaliser l'inceste...plutôt que de le criminaliser. L'inceste trouve même des promoteurs sur le web qui en vantent le naturel et les divers bienfaits sur la croissance (http://science-univers.qc.ca/sexualite/52-inceste.html). La France, où l'inceste n'est pas clairement défini comme crime, ainsi qu'il l'est au Canada où il est passible de 14 ans de prison, a débattu un projet de législation dans les derniers mois.
Ajoutons, que l'inceste traditionnellement réprimé par les lois est celui de l'union par mariage de deux membres d'une même famille. Les définitions qui notent l'abus de l'autorité parentale sur la personne d'un enfant en vue d'obtenir des avantages sexuels constitue une définition très récente. L'inceste a plutôt été jusqu'à tout récemment soit le privilège des pharaons, des rois et des reines, soit un danger pour la pureté de la race, soit une tendance perverse des enfants à l'endroit de leurs parents ou proches. Freud n'a pas manqué à l'examen de ce projet infantile, source de dévoiements futurs.
Mais..
La haute fréquence de la commission de l'inceste est sans doute une des causes de son manque de criminalisation et d'antipathie de la part du public. Les études par sondage d'AIVI en France parlent de 3%, mais on soupçonne que, dans la réalité, une personne sur dix, soit 10% ( certains parlent de taux pouvant aller jusqu'à 50%) a connu l'inceste. Il est plus facile de connaître ce taux, cela va de soi, que le nombre de personnes qui font connaître l'inceste aux enfants, mais celui-ci est probablement plus élevé que ce que les victimes en disent. Ils ne s'en vantent quand même pas, ces criminels communs! Certes, le taux doit être encore très élevé dans notre société. Et je me souviens des dénonciations de Foglia qui affirmait que dans les villages isolés dont est fait le Québec, la pratique de l'inceste est chose courante. Plus élevé que pour le meurtre ou le "hit and run', voire les deux réunis'!!! Probablement? Voire sûrement!
Oui, pour qu'un crime soit bien installé comme crime, et réprimé, et que les victimes suscitent la sympathie du public, cela lui prend du temps! Et il faut que la grande majorité du public en ait quitté définitivement la pratique.
Au plan de leurs logiques propres, les crimes sexuels sont le fait de prédateurs bien près de nous, presque de prédateurs en nous. Les machistes ne sont pas systématiquement répudiés, ils sont parmi nous comme des gens normaux, ils sont en nous comme une part de notre identité. Comment les réprouver sans être en cause.

Et l'inceste est en reste de cette progression de criminalisation et de sympathie. Éminemment en reste. C'est un crime de famille. Et quand il est dénoncé, (presque nécessairement et inévitablement et inexorablement par des victimes devenues adultes) les gens ne s'identifient pas à la victime d'autrefois-enfant-sans-défense-et-abusé-qui-est-devenu-adulte-et-qui-a-reconquis-sa-vie, ils s'identifient plutôt à leurs propres parents, lesquels sont nécessairement des "bons parents" dont on ne doit pas dire du mal, si non ils ne seraient pas eux-mêmes de "bonnes personnes". Le discours intérieur va à peu près comme suit: ''mais les parents font ce qu'ils peuvent, quoi! Soi-même on sait comment c'est difficile d'être un bon parent. Et si tu veux être un vrai adulte, il faut que tu aies pardonné à tes parents qui voulaient ton bien, même s'ils ont été un peu violents; une tape de temps en temps, cela fait du bien; les parents ne peuvent pas être parfaits; et puis dans le temps on était plus sévères; faut comprendre!! Alors, digère ton enfance, fais-toi soigner, deviens un vrai adulte!''

Le ''HONORE TON PÈRE ET TA MÈRE'' constitue une injonction complètement « internalisée » dans les populations actuelles, une injonction si forte qu'on croirait qu'elle est une des constituantes de l'identité sans laquelle chacun se désagrège. Celui qui n'honore pas son père et sa mère est indigne, telle est la perception générale. La société a besoin que ses membres honorent père et mère sans quoi sa solidité interne est atteinte. Elle ne saurait survivre autrement.
Pour être répréhensible vraiment et attiré peut-être aux victimes la sympathie universelle ou presque, l'inceste doit-il être à la dimension de celle du père autrichien qui a enfermé sa fille pendant 24 ans et lui a fait 7 enfants sans que la mère s'en aperçoive (!!)? C'est récent: avril 2008! Ce n'est pas certain. Il faut savoir que la fille victime avait fui et ne voulait en rien, une fois retracée, se montrer le visage. Dans l'inceste, la victime doit « internaliser » la honte, car la société ne supporte pas la dénonciation, comprenez-vous!
Mais, les dénonciations de l'inceste dans notre société sont peu fréquentes. Elles se font surtout par témoignage livresque interposé, une fois que la victime s'est soignée pendant de nombreuses années. La plus part du temps, les victimes qui s'aventurent dans la dénonciation peuvent apparaître comme des êtres étranges. Telles furent ces deux soeurs de près de soixante ans d'âge qui après avoir gardé le silence pendant quarante-deux ans (sont incluses ici les années de honte et de thérapie), ont dénoncé ces sévices incestueux subis à partir de l'âge de cinq ans et pour sept années durant, sans reprendre haleine, et qui firent condamner leur ''pauvre'' père de 93 ans, Philippe Hamelin, pris d'une maladie dégénérative semblable à l'alzeihmer, lequel ne pouvait plus être emprisonné ou purger une peine significative en prison ou ailleurs.
Moi, qui salue le courage extraordinaire des deux soeurs Hamelin, appartient à une gang très peu nombreuse au regard d'une majorité de citoyens qui pense que les deux soeurs auraient du se taire, continuer à se taire comme elle en avait pris l'habitude pour un premier 42 ans. ''Traiter ainsi leur vieux père malade, est-ce possible? Répugnant, voyons donc!''
Alors, oui parmi les crimes nouveaux et parmi les crimes sexuels nouveaux, l'inceste est sérieusement en reste pour obtenir sa part de réprobation et la sympathie du public pour ces victimes qui étaient des enfants très sévèrement abusés dans leur âme.


...enfin

Dans l'histoire des civilisations, il apparaît que les premiers crimes dénoncés soient ceux de nature physique: meurtres, contraintes, coups et blessures. Les crimes qui tuent et invalident d'autres communautés humaines suivent ensuite au palmarès de la reconnaissance. Les crimes de nature physique qui dégradent l'environnement matériel global viennent ensuite. Les crimes économiques sérieux qui détruisent et l'environnement et la santé économique des sociétés viennent ensuite. Les crimes qui maculent les psychés viennent généralement plus tardivement. Et parmi ces derniers, plus la victime est faible et sans défense, plus longue sera l'absence de reconnaissance et de sympathie publique. Les soldats, les femmes et les enfants à la toute fin!

Évidemment, considérer la psyché comme un bien inaliénable, le lieu de l'exercice du libre arbitre, le bien le plus précieux que nous aient fait les dieux est une considération réservée à de haut niveaux de culture et de civilisation. Il faut probablement avoir compris que les dieux ne se tiennent pas avec les puissants, mais qu'ils fréquentent les vulnérabilités des consciences, les pauvres d'esprits, les blessés de tous ordres, les faibles et les enfants. Quand le droit des sociétés aura mis la prédominance à la préservation et au développement des psychés et des consciences, au delà de la vie physique, nous en serons là. Pour l'heure, les victimes de tentative de meurtre reçoivent la sympathie du public et les dénonciateurs de l'inceste sont marginalisés, réprimandés comme s'ils étaient des éléments destructeurs de la société.


« un blogueur déchaîné »
Jean

vendredi 3 décembre 2010

LA DEUXIÈME BLESSURE

AMIE LECTRICE, AMI LECTEUR, EN SUITE AU DÉNI DONT JE T'AI ENTRETENU, J'ÉCRIS ICI SUR L'ACCUEIL QUE NOUS N'AVONS PAS REÇU DE LA PART DE CERTAINS DE NOS CONFIDENTES ET CONFIDENTS

Au moment de ces agressions dont nous avons été victimes jadis, nous avons aussi souffert de ce déni. Celui qui imprègne toute la société lorsqu'il s'agit d'inceste, d'abus sexuel et de violence.

Pour survivre à ces attentats, nous avons intégré en nous-mêmes ce déni.

Oui, pour nombre d'entre nous, nous avions, pour une très longue période, cessé de penser à cela. La rétention psychique, le refoulement, ces formes de constipation de l'âme avaient été notre lot. Notre mémoire de ces événements était devenue évanescente. Nous avions embelli, maquillé ou oublié nos souvenirs. Notre mémoire s'était transformée en lambeaux épars. Nous avions survécu, mais avec des handicaps multiples. Des tares que nous cachions, nous équipant de toutes sortes de prothèses de remplacement. Avides de trouver des moyens de paraître "normaux" aux yeux d'autrui. Notre identité avait été atteinte et nous ne le savions pas. Nous ne savions plus qui nous étions. Mais tels nous étions, perdus à nous mêmes, en suite aux violences subies et au déni social qui maintenait clos le couvercle sur notre témoignage.

Puis, au fil du long et trop long chemin de souffrances qui a suivi, un jour...et par la pression interne de l'inconfort (parfois jusqu'aux tentatives de suicide), nous avons osé prendre la parole. Nous nous sommes construits l'idée que nous serions accueillis par tel ou tel confident. Nous nous sommes dits, cette personne est un parent, un-une ami-e; elle va me comprendre... Je dois faire confiance. Après tout, de nos jours, ce ne sont plus des sujets tabous...

Et lancés, nous avons lâché les amarres...

Mais...Mais...Mais...

À nouveau, nous avons été blessés par des paroles qui tuent. C'étaient des mots comme ceux-ci: "Oui, mais qu'est-ce qu'on peut faire?"; "il faut que tu oublies ça"; "tu ressasses de vieilles affaires"; "tu ne peux pas passer ta vie à penser à ça";" je ne te crois pas"; " tu n'as pas honte de raconter des choses comme ça?"; " tu vas faire honte à toute ta famille"; "tu devrais te taire";"tout le monde a des reproches à faire à ses parents. Il faut pardonner!"; "c'est difficile, tu sais, d'être parents"; "tout le monde peut se tromper"; "tu devrais te faire soigner"; " tu ne peux pas avancer si tu t'obstines avec ça"; "tu devrais lire tel ou tel livre, ça te fera du bien"; "tu dois apprendre à vivre dans le moment présent"; etc.

Telle était la "deuxième blessure". Un terme utilisé, créé peut-être par ce grand psychiatre qu'est Boris Cyrulnick. Je lui dis: merci! Une blessure de rejet, de négation de notre expérience. Du déni au carré, une blessure par-dessus une première blessure. Une "deuxième blessure". Et elle est souvent pire, plus douloureuses d'une certaine façon, que les agressions subies autrefois puisque qu'elle ferme à double tours le couvercle de notre enfermement.

Nous avions espéré être accueillis après notre déni si long de nous-mêmes. Et voilà que notre confident nous reproche notre mouvement de confiance et nous "rabat le caquet" sur nous-mêmes. Alors qu'on avait décidé d'oser parler, de faire confiance...La honte reprend possession de nous-mêmes, la culpabilité nous envahit à nouveau... Nous tombons dans un précipice plus effroyable. Pire que le premier dont nous avions presque oublié les affres. Ces premières agression dont nous ne savions pas encore quels ravages elles avaient fait en nous-mêmes. Nous, mal voyant et handicapés de l'âme. Nous hébétés et nuls...Et aujourd'hui, plus nuls qu'hier!

Prenons de la distance, accordons-nous un peu d'air, si cela est possible, pour mieux comprendre ce qui nous est alors arrivé.

Philippe Claudel a écrit un roman :'Le Rapport de Brodeck' qui lui a valut un Prix Goncourt des lycéens. Il y raconte l'histoire d'une seconde blessure, celle d'un juif qui revenu du camp de concentration après la fin de la guerre, sera "assassiné" à nouveau par ses concitoyens. Oui, "ré-assassiné" par les siens qui, en temps de guerre ont aussi collaboré avec l'envahisseur ennemi et qui ne veulent pas, en temps de 'paix'. être accusés de complicité. Les loups de pouvoir peuvent porter nos fringues, mais ce sont des loups et ils assassinent les leurs, si c'est nécessaire à leur confort!

D'ailleurs, Boris Cyrulnick donne des exemples semblables!

Et moi?
Comme vous peut-être.

Je me suis marié en juin dernier. En moyenne, elle et moi, nous avons 64 ans, mais elle est plus jeune que moi, ma chérie. Lorsque nous nous sommes rencontrés, nous avons vite reconnus notre sort commun d'enfants abusés par l'inceste et la violence. Et par l'amour, nous avons décidé de nous unir en faisant état clairement et explicitement de notre lot. Celui d'avoir été ces enfants abusés en mal, déjà, d'une partie de nos familles d'origine qui nous avait abandonné. Et bien...

Faisant le bilan,aujourd'hui, nous constatons que notre affirmation publique, claire et explicite, de nos enfances violentées et incestuées, nous a valu, de la part de plusieurs dont nous pensions l'amitié acquise, des reproches. Et subséquemment un éloignement. Ou un bris de liens. Une mort de liens. À dénombrer nos expériences au cours de ces mois qui entourent notre mariage et le suivent, les doigts des deux main sont insuffisants pour rejoindre ce nombre. La douzaine est plus juste.

La douzaine!

Une période inévitable de tristesse accompagne ces deuils de "deuxième blessure" , presque de troisième, malgré la satisfaction immense dans laquelle nous sommes d'être réunis par le bien de la Vie. Et nous ne démordons pas de nous qui avons de la joie d'être unis.

Et, presque chaque matin au réveil, nous nous disons entre autres choses ceci :
"... nous (cherchons) courageusement et patiemment à transmettre notre message (la violence sur autrui sous toutes ses formes est inacceptable) à d'autres, sachant que les sociétés humaines, largement composées d'abusés et d'abuseurs, sont éminemment réfractaires à la dénonciation spécifique du crime de l'inceste et que nous risquons constamment d'être réprimandés, ignorés et rejetés."


...et que nous risquons constamment d'être réprimandés, ignorés et rejeté

Et nous prenons le risque.

Jean

samedi 27 novembre 2010

...EN VRILLE SUR DES SOUVENIRS DE JEAN

N.B. ICI, JE NE RÉFLÉCHIS PAS SUR L'INCESTE, L'ABUS SEXUEL OU LA VIOLENCE, je raconte. Alors, lectrice, lecteur, si tu lis, tu entreras ici par la porte sombre et toute personnelle.
C'est une sorte d'aparté dans mon carnet!



♪♫ La chanson de circonstance ♪♫
Fais dodo Pinoche, ta mère est aux noces
Ton p’tit frère est allé chercher un morceau de pain
Gros comme la tête de ton p’tit chien
(ritournelle de mon enfance, en toutes lettres ici, apprise de ma mère)



Et ton père ?


Une petite moustache hitlérienne sous le nez. Comme tant de ces mâles de l’époque. Le Canada français en était farci comme on pouvait le voir sur des photos crispées et sans couleur. L’Église sous son Pie XII et le Québec sous tout ça adhéraient au fascisme en voie de déploiement, voire participait au racisme, à l’endroit, à l’envers et à l’encontre des juifs et mataient de plus belle, pour une dernière génération, ses enfants à élever et ses femmes  « matri-archontes »  - « marche à la maison, je t’y rejoindrai après la taverne » ou « j’ai besoin d’un scotch bien tassé ».

Pour mon père, c’était le scotch bien tassé et reclassé des gens d’affaires, et, quant à la moustache, la sienne, c’était une vraie imitation d’apparence prétentieuse. Il avait le poil blond et les yeux bleus aryens et son « sous le nez» n’était pas spacieux, car son nez prenait toute la place. La moustache n’était que quelques poils droits anonymes qui imitaient ce que je ne connaissais pas encore. Plus tard, lorsque la mode disparut et qu’il ne restât que Charlot pour la porter, je n’arrivais pas à me rappeler le moment où il l’avait fait disparaître. Je me demandais parfois : était-ce un faux souvenir que celui de sa moustache étrange ou n’était-ce qu’une « pinotte réduite en compote » comme j’aimais à me le raconter, la rendant presque invisible par ma toute-puissance d’enfant! Voilà ce que c’était dans ma tête de survivant ou presque, enfant qui tentait d’effacer la moustache et qui la regrettait tout autant!

- Mais, en vérité, en vérité… Faut passer aux aveux, maman !
- Pas tout de suite, mon petit homme !

Son caractère à la hitler n’avait en rien disparu lorsque disparut sa moustache de « pistache ». J’avoue ici que j’aimais aussi à penser « pistache » que j’ajoutais à la « compote de pinotte », cherchant par là à ne pas trop en dire qui aurait été insupportable aux adultes et dangereux pour ma survie. Je disais intérieurement « pisse tache » pour opposer l’hitler à sa compagne, ma mère, qui cherchait mordicus à m’insuffler une belle éducation à la propreté. Car elle était propre ma mère. Ma mère qui nettoyait tout au cure-oreilles. Et j’avais peine à appliquer ses injonctions, souillon et brouillon que j’étais.

Comprenez, je vous prie ! Pour elle, si quelque fois la mousse tache, la plupart du temps elle détache. Alors qu’au contraire, pour moi, la pisse tache avec certitude, à cause de sa couleur jaune prégnante et odorante en prime. Et la moustache de mon père était aussi colorée probablement par cette odeur qu’il avait. Alors, sa « moustache de pisse tache », vous voyez ! Et, absent si souvent même lorsqu’il était là, sa présence de fantôme imprégnait davantage notre vie que sa présence réelle. Il imprégnait, c’est tout. Sa « mousse tache de pisse tache », va ! C’est le fantôme du tyran, le tirant du tyran qui était toujours présent quoique tu fisses, ou que je fis comme fils. Vous comprenez pourquoi la question fondamentale consistait à le fuir, à le rendre inexistant. Je l’ai tant espéré. Je veux dire, inexistant.

Je ne vous laisse pas ici comprendre suffisamment qu’il était violent en gestes de taloches, de fessées, de brutalité. Le scotch n’arrivait pas à geler sa frustration et l’avivait plutôt comme un carburant à haut degré d’octane. J’espérais son inexistence mais ma mère le rappelait à ma mémoire à la moindre dérive de ma part ou pour des motifs qui m’étaient inconnus. Quand il était calme, presque mort comme une eau qui dort, présidant la tablée d’enfants, il racontait le plus simplement du monde qu’il ne connaissait pas la force de ses mains et poignets. « Au collège, racontait-il, il avait, de ses mains incontrôlables, attrapé par le collet un collègue importun et l’avait projeté sur la rangée de cases métalliques qui en avait été, les pauvres, toutes cabossées. » Les vis qu’il taraudait dans le bois cassaient par trop souvent malgré le savon dont il les recouvrait. Également. Et moi, cherchant à ne pas l’entendre, je mangeais, coincé sous la tablette de la radio, entre le mur et ma sœur T., à portée de son bras gauche et de sa main qui pouvait m’arracher la tête ou la dévisser à volonté.

Ma soeur aînée m’a raconté comment elle était terrorisée de la violence du tyran alors qu’enfante, elle ne savait rien faire pour me protéger de sa violence. Elle n’était touchée que par procuration. Le tyran s’en prenait aux garçons – Jean et mon frère Jacques plus tard – mais ne touchait pas aux filles sauf la plus jeune qu’il ne manqua en rien.

Ma mère, prenait un vilain plaisir à m’installer, les mauvais matins, à genoux, face au mur, entre la commode et le garde-robe, alors que le monstre derrière moi ronflait encore avant son réveil qui n’allait pas tarder…et qui tardait sans avoir à tarder…et qui allait lui permettre de me tarauder de sa juste fessée sans la moindre sensation pour ses mains. J’en serais dévissé. Et je le fus ! Je le fus. Je le fus. L’âme dévissée du corps !

Pourquoi la mère utilisait-elle cette menace du géniteur à mon endroit ? Voilà une jolie question ! D’autant, qu’à mon souvenir, cette manipulation n’était pas utilisée par Pauline pour ses filles. Non, pour ses filles, la manipulation consistait à leur transmettre la recette femelle pour mettre à sa main un monstre tel qu’apparaissait le Gérard. « Non, ce n’est pas le moment de parler de cela à ton papa, je te dirai quand ». Ou encore : « tu dois t’y prendre de telle ou telle autre façon, si tu veux obtenir ce que tu veux de ton papa.» «  Laisse-moi cela, fais-moi confiance, je vais lui en parler ». Voilà ce qu’elle disait aux fillettes. Et les filles virent sa supériorité de femelle, sa dominance sur le « mâle-monstre », le grand modèle  de contrôle qu’elle était!

Le grand modèle de contrôle : ne disait-elle pas qu’ « il n’y a pas de raison de pécher ; la tentation est là pour t’avertir et tu n’as alors qu’à l’éviter ». Sainte Marie, mère de Dieu, toujours vierge, priez pour nous pauvres pécheurs ! À la ligne !

Pour moi, l’approche était différente de celle qui prévalait pour « les petites filles ».. Elle utilisait plutôt le monstre sous son contrôle comme outil répresseur, frappeur, terreur de géniteur à n’importe quelle heure. C’était sa façon de montrer sa dominance sur moi, « petit homme » comme elle disait. Voyez donc la différence marquée ici dans le traitement des genres, mâle et femelle, et imaginez que le résultat personnel a été différent. Et, on comprend que la question fondamentale pour moi consistait, ainsi que je l’ai dit, à le fuir, à le rendre inexistant. Je l’ai tant espéré. Je veux dire, inexistant.

L’espoir de réussir devenait grand parfois comme la tentation d’une belle pomme accrochée à un arbre et entouré d’un serpent. C’était quand il était parti en corps et en odeur et que maman, la vierge, s’ennuyait dans ses purs attributs sans tache. Probablement.

…Sans tache et sans trace de mousse qui tache, pour elle ou de pisse qui tache, pour moi…ma pistache à moi, sa moustache à elle…Allons voir. Déballons !

À ma cinquième année, elle me nomme, déjà depuis un bon bout de temps, le petit homme de la maison.

Pour tromper son ennui, lorsque le tyran n’est pas là, je couche bien souvent avec elle pour la réchauffer. Le petit homme fait l’affaire quand l’homme d’affaires n’est pas là.

Et le scénario habituel…

Elle veut que je lui gratte les jambes, mais pas trop haut, juste assez haut, un petit peu plus haut mais pas trop, ..., oh!

Et le scénario habituel…

Mais, elle veut que je lui gratte les jambes, juste assez haut, comme c’est bon, un petit peu plus...oh! c’est trop, Jean.
Et le scénario inhabituel…

Mais, elle veut que je lui gratte les jambes, juste assez haut, comme c’est bon, un petit peu plus...oh! oh ! oh ! Jeeeeaaaan ! Qu’est-ce que tu fais ? Ça ni queue ni tête ça. (Allez voir, la queue devient la tête!)


Et un soir, plus que d’autres : épouvantable, inaccep­table, répréhensible, dévoyé, déviant, et.... va te coucher dans ton lit, espèce de… !

Bandé comme un coq de bataille. Exorbité. Affolé. Estomaqué.


Sans avoir pu toucher sa moustache douce, la moustache cachée, celle qui attache ton grelot, tu sais.


Le mien fut découpé et vola aux quatre vents.


Et ma belle pistache resta encapsulée dans sa coque raidie.

Je disparus. Aux limbes.

Tu n’as pas de mots pour dire. Tu ne sais même pas que tu existes. Quand tu essaies de dire, on te fait taire. Ça ne se dit pas. Ça n’existe pas. SILENCE, ON DÉTOURNE ! Pas plus que tu n’existes. SILENCE !
La mort. Presque la mort.


Fais dodo, Pinotte,
ta mère n’est pas à tes noces
et ton père est parti chercher un morceau de rien
Couche-toi dans le coin comme un p’tit-chien !
( retournelle du chemin d’adulte et défi que j’eus à relever; les deux fournis par ma maman!)



Une autre et la même chanson en déclamation. Celle-ci, ma mère la récitait tant que je l’appris par cœur ou par levée de coeur. Je devais, alors, avoir 10 ans.



C'était pendant l'horreur d'une profonde nuit.
Ma mère Jézabel devant moi s'est montrée,
Comme au jour de sa mort pompeusement parée.
Ses malheurs n'avaient point abattu sa fierté ;
Même elle avait encor cet éclat emprunté
Dont elle eut soin de peindre et d'orner son visage,
Pour réparer des ans l'irréparable outrage.
« Tremble, m'a-t-elle dit, fille digne de moi.
Le cruel Dieu des Juifs l'emporte aussi sur toi.
Je te plains de tomber dans ses mains redoutables,
Ma fille. » En achevant ces mots épouvantables,
Son ombre vers mon lit a paru se baisser ;
Et moi, je lui tendais les mains pour l'embrasser.
Mais je n'ai plus trouvé qu'un horrible mélange
D'os et de chairs meurtris et traînés dans la fange,
Des lambeaux pleins de sang et des membres affreux
Que des chiens dévorants se disputaient entre eux.

Athalie de Jean Racine, acte II, scène 5

vendredi 26 novembre 2010

LE CANCER DU DÉNI - 26-11-2010

Notre pire ennemi fut le déni et, crois-moi, le déni a tendance à poursuivre son travail dans la pérennité comme si de rien nous était arrivé.

En psychanalyse on dit du déni: refus de reconnaître une réalité perçue comme étant traumatisante. Mais dans ce domaine des spécialistes de l'analyse de l'âme, on a souvent l'impression d'être coupable de quelque chose. Ou d'être démasqué dans ses recoins secrets. Ici, par cette définition, on me donne l'impression que c'est moi le ''dénieur''. Peut-être, mais...

Je crois aussi et davantage que le déni est un des grands mécanismes de protection, de défense de toutes les sociétés. Dans le cas de l'inceste, parce que ce serait un tabou, le déni est utile pour faire taire les ''mauvaises langues'', les ''commères salisseuses de réputation''. Mais, avant de parler des ''mauvaises langues'', allons plus à fond dans cette exploration des tabous, des interdits, de l'organisation de la vie en société... Parce que comme victimes nous avons besoin de toute, de toute la lumière possible.

Dans les débuts de l'humanité...

Non! Encore plus loin.
Dans l'animalité, on voit chez certaines espèces que le mâle dominant veut manger les petits et les mange quelques fois malgré les mères protectrices. On voit aussi, si la femelle a pu restreindre cet appétit initial du mâle prédateur que celui-ci peut, éventuellement s'accoupler sans restriction aux petites femelles dès leur premier rut; et le plus tôt est le mieux pour elles si elles veulent éviter d'être mangées autrement.

Comprenons que chez l'humaine espèce, le tabou, l'interdit le plus profond n'est en rien l'inceste mais plutôt celui de ne pas dévorer l'autre. Pour ta faim, tu ne tueras point de proies de ton espèce, ni pour aucune autre raison édicte le premier commandement ancien. On ne pourrait vivre en groupe si cela n'était pas édicté au départ. Le ciment du groupe naît si le commandement est là. Si non, c'est la peur qui prédomine et l'on fuit. Donc, s'il y a proie humaine, s'il y a meurtre ce ne pourra être que des assassinats accomplis sur des membres de la tribu voisine dont on ne sait trop si elle est de même espèce que nous, après tout! Car l'espèce est une notion qui naît après beaucoup de réflexion, n'est-ce pas?

Et l'inceste? Dénié, pour le moment!

Le tabou, l'interdit de l'inceste apparaît bien plus tard. On peut dire qu'il est d'invention plutôt récente.

La Bible peut servir d'exemple à mon propos. Voyons voir!

Le deuxième commandement nécessaire à la vie sociale est d'interdire à la femme de forniquer avec le voisin. Puis, par extension, au mâle prédateur de ne pas prendre la femme du voisin. Sans cet interdit la société primitive ne survivrait point. La jalousie, la possession de l'objet d'accouplement qui assure sa disponibilité au moment désiré en seraient par trop exacerbées. Les besoins des mères d'obtenir la protection de la part des géniteurs prévaut aussi. Sans la protection des possessions sexuelles, sans la protection des mères, la vie en société éclaterait.

Et les enfants, ces proies à portée de la main...sont-elles soumises comme les femmes à l'interdit d'être des proies sexuelles? Non, pas encore, c'est dénié. Cela viendra plus tard, plus tard.

Pour que la société dure et perdure, il faut encore préserver l'autorité, ce ciment essentiel. Et pour sa survie, l'autorité édicte: ''Honore ton père et ta mère'. Après le meurtre, après l'adultère, c'est la troisième invention essentielle pour assurer la survie sociale dans les temps anciens. Il faut mater les hormones des jeunes, le temps qu'il faut au plus vieux de faire leur temps. Sans cela, c'est la pagaille qui risque de s'installer entre les générations. Et alors? Les enfants-proies? Ils attendent! Qu'ont-ils à se plaindre?

Dans la Bible on peut lire que l'inceste est interdit aux enfants...jamais elle ne l'est aux parents. (Oh! Les petits cochons, alors! Il faut les éduquer!(On se demande s'il faut rire ou pleurer!))

L'histoire raconte aussi que l'inceste est l'apanage des ''connaisseurs'' dans plusieurs sociétés anciennes et moins anciennes et que les rois, reines et autres de cet acabit se sont réservés ce privilège pour des fins de préserver leur ''espèce'' divine ou presque. L'inceste est la voie royale pour les adultes divins et il est interdit aux autres classes sociales ...

L'inceste, comme un geste interdit aux adultes vient plus tard. Plus tard. Pour le moment, c'est le déni sauf pour les enfants - ces petits voyous- qui pourraient attaquer leurs parents!

Dans mon enfance d'ailleurs, il n'en était pas question et lorsque, adolescent, j'appris qu'il s'agissait d'un tabou, je compris tout d'abord qu'il s'agissait d'un sujet dont on ne parle pas en bonne société. Et j'y avais été élevé dans cette bonne société, si l'on peut dire. Le sujet était bien plus tabou que l'acte lui-même, devais-je constater! Merveille du déni qui ''surfe'' sur l'acte interdit, mais enfonce le clou sur le couvercle de la parole!

Plus tard encore dans ma vie, lorsque je lus Freud, l'inventeur de la psychanalyse, je constatai que cet interdit s'adressait aux enfants et que même si la nature les avait empli du désir sexuel pour leurs parents de sexe opposé, on devait s'opposer à ce désir pervers sous peine de les laisser développer des névroses. Que les adultes fussent aux prises avec un tel désir de chair fraîche, Freud, ne l'avait pas vu, du moins n'aborda-t-il pas la question. Lui-même victime du déni social? Peut-être. Juif, de culture juive, enfant de la bible, oui, cela certainement!

J'appris plus tard que les adultes qui commettent l'inceste sont criminels au sens de la loi de mon pays. Et que les enfants seraient purement des victimes.
Je n'acceptai pas cela de suite, car n'avais-je pas désiré ma mère et bandé férocement pour elle! Perturbé que j'étais encore à mon âge si vieux, je continuais à caresser ce fantasme destructeur!

Et plus tard...: purement des victimes. Purement des victimes les enfants, fit surface et j'entrai, enfin, dans cette vraie révélation que je n'y étais pour rien. Une sorte d'invention sortie des limbes! Je pouvais recommencer ma vie, libre de cette vieille culpabilité qui m'avait gâché l'enfance, l'adolescence et une bonne part de ma vie adulte.

Malgré la loi, je trouve sur le web des sites qui font la promotion de l'inceste comme un moyen valable d'initier les enfants à une vie sexuelle saine et départie des interdits qui pourrait la gêner. Et ce ne sont pas des criminels?

Ce qui marque cette petite histoire rapide de l'inceste, c'est le déni, le déni de la société: refus de reconnaître une réalité comme étant traumatisante pour les enfants. J'exagère?

Non.

Je te raconterai, un jour, des anecdotes qui montrent que lorsque, aujourd'hui, tu dénonces enfin que tu as été victime d'inceste, on cherchera à te faire taire. « Mais, voyons donc! »; « Ben! Tourne la page! »; « Passe à autres choses! » « Je pensais que tu t'étais fait soigné ! » seront des mots que tu entendras. Et ces mots, venant probablement de tes plus proches, amis et parents, veulent dire: tu n'as pas honte de dénigrer tes parents; tu nous fait honte; tu es infréquentable; tu n'as pas de dignité, va!

Le déni signifie socialement - et seulement socialement - que cela n'est pas, n'a jamais été, ne saurait exister, n'existe pas dans la bonne société. Ce n'est pas vrai, cela ne peut arriver, tu inventes, tu es menteur pour la bonne société.

Et le déni, cette maladie sociale par excellence, fait en sorte que nombre d'entre nous dont je suis ont nié avoir été victime d'inceste de la part d'adultes, se sont niés eux-mêmes. Ce déni personnel est simplement une conséquence de la maladie sociale. Nombre d'entre nous n'ont que des souvenirs épars, des lambeaux de mémoire, des trous de mémoire, des blancs, des épaves de mémoire dont certaines se demandent si elles ne sont pas elles-mêmes l'auteur de leurs malheurs. Ce qu'on peut dire, c'est que le déni social a été intégré par la victime. Par nous. C'est le syndrome de Stockholm où l'on voit que les otages s'identifient à leurs agresseurs. Et les victimes d'abus, de violence et d'inceste que nous sommes ont appris le déni chez leur agresseur, de l'entourage de l'agresseur, de leur propre famille, de leurs amis proches, de la société toute entière qui a une longue histoire de « non-dit » sur ces actions commises dans l'ombre, la noirceur, l'enfermement!

La résistance de la société à l'abandon du déni de l'inceste, se trouve dans la puissance du commandement ''HONORE TON PÈRE ET TA MÈRE'', me semble-t-il. Ceux qui ont bien intégré ce commandement peuvent idéaliser leurs parents, l'autorité en place. De plus ils calculent - consciemment ou pas, diraient les psychanalystes - que d'affirmer avoir eu des bons parents,de bons éducateurs laisse à penser qu'ils sont devenus eux-mêmes des gens "bien"! Selon eux, ceux qui auraient été "malmenés" doivent pardonner les quelques écarts et rejoindre le groupe des "vraies citoyennes et citoyens". D'ailleurs, ajoutent-ils, être parent n'est-il pas tellement difficile? Et la perfection n'est pas de ce monde, quoi! Ne faut-il pas se garder une marge d'erreur et n'est-il pas souhaitable pour tous d'HONORER SES PARENTS si l'on veut être honoré comme parent?

...et le déni se poursuit, la résistance est là...

Mais...Et....

L'évolution sociale est faite d'avançées et de résistances.

Oui, par ailleurs, nous avançons. Sans doute puisque nous parlons; du moins entre nous et de plus en plus. Et quand l'un de nous avance, nous avançons toutes et tous.

La valeur sociale émergente qui nous porte est celle de l'authenticité comme l'a si justement identifié le philosophe montréalais Charles Taylor - le Taylor de la commission Bouchard-Taylor- dans son ouvrage "Grandeurs et misères de la modernité".

Les tribunaux doivent maintenant écouter des victimes et le vérité se montre à jour dans sa cruelle nudité. Les circuits entêtés du déni reculent. Dans plusieurs pays occidentaux, des organismes se mettent à pied d'oeuvre pour prendre soin de notre gang et faire avancer la société sur ces enjeux d'inceste, d'abus sexuels ( cf: REVAS-QUÉBEC.)

Que de travail à faire encore! Que de souffrances!

Nous gardons espoir que notre parole peut faire la différence et que notre propre guérison (je reviendrai sur ce sujet) peut transformer la Vie.

Bonne suite du jour et que la lumière soit!

Jean

jeudi 25 novembre 2010

PREMIÈRES NOTES DE MON CARNET: LA GROSSEUR DE L'ABUS - 25-11-2010

CE CARNET est consacré à l'inceste et à l'abus sexuel. Je veux parler ici de ces formes de contacts sexuels où l'une des actrices, l'un des acteurs est asservi à l'autre contre son gré, sans capacité d'exercer sa liberté. Ma conjointe qui ne mâche pas ses mots à cet égard parle d' ''esclavage sexuel''. Alors, ce sera mon sujet central et tous ceux nombreux qui y sont associés. L'esclavage sexuel, ses conséquences et ses ramifications, si tu le veux bien.

Toi, tu seras une lectrice, un lecteur d'occasion... ou plus fidèle. Je te préfère fidèle, mais, tu seras comme tu l'entends. Et tu me feras des commentaires: flatteurs, réprobateurs, provocants. Comme tu l'entends aussi! Dans un large espace qui t'est réservé. On prend soin de toi, ici. Cela m'alimentera, me fera réfléchir, me sortira de mes gonds, m'apaisera. On verra! Certes, à mon âge, je peux penser un petit peu tout seul, mais je pense beaucoup mieux dans l'interaction. J'ai besoin de toi. Du choc jaillit la lumière m'a dit mon prof de philo et, de la friction, la chaleur, ajoutait mon prof de physique. Et j'aime et lumière et chaleur. Alors j'espère que tu seras bonne joueuse, bon joueur et que nous avancerons ensemble.

Tout cela sera fait avec respect. Oui un profond respect car c'est un sujet qui touche au sacrilège et au sacré qu'il faut recréer. À l'âme, à l'esprit, au corps offensé, blessé et difficile à cicatriser. À l'identité fragilisée pour toute la vie peut-être. De toutes façons cela ne s'efface jamais. Pas de chirurgie pour les personnes atteintes. Non, qu'un long chemin plus ou moins long pour apprendre à travers la souffrance revisitée à devenir une vraie humaine, un vrai humain porteur de densité, de profondeur comme la vie n'en fait pas autrement. Jusqu'à remercier la Vie - en finale - tout en souhaitant que l'humanité se débarrasse de cette engeance d'abus sexuel.

Alors, pour aujourd'hui, j'aborde la grosseur des abus, leur forme plus ou moins atroce lorsqu'ils sont dévoilés, réimaginés. Je me demande: et alors?

D'abord, laisse-moi te dire, à toi qui, comme moi, ne fut victime que par relativement peu de gestes abusifs si on les compare à ceux qu'on subi des enfants enfermés et asservis sexuellement pendant des années et des années par des pratiques dégueulasses et dégradantes que tu es autant de la gang des abusés que tout autre. Reçois autant de considération, je te prie, car tu sais intimement que ton intimité fut atteinte comme nous le savons tous dans chacune de nos mésaventures; tu es de ma famille recomposée, tu es ma soeur, tu es mon frère de souffrance. Et il n'y en a pas qui soient moins ou plus de ma famille parce qu'ils auraient été moins abusés ou davantage. Non. La dignité de notre humanité est égale et l'abus qui l'a atteinte est tout autant irrecevable pour chacune et chacun d'entre nous.

J'écris cela car trop souvent dans les conversations entre nous, celle ou celui qui veut être entendu désespérément a souvent la tendance de raconter le pire qu'il a vécu pour recevoir toute l'attention de l'entourage. Et le suivant surenchérit avec pire encore et ainsi de suite de pis en pis...comme si on quêtait l'or, l'argent ou le bronze de l'auditoire. Et pourtant, chaque expérience est unique et incomparable. Elle mérite d'être entendue en soi, sans jugement sur sa grosseur, pour le seul bien que son écoute redonne de la dignité à la personne blessée.

Les comparaisons de la grosseur, de la profondeur, de l'épaisseur, de la largeur des blessures, il faut laisser cela aux spécialistes et thérapeutes de tout acabit qui ont peut-être besoin de faire des catégories pour mieux ajuster leur arsenal d'intervention. Bien leur en fasse si cela leur est utile. 

Mais, entre nous, il y a tout intérêt à ne pas comparer. La comparaison risque trop de remettre l'une ou l'un d'entre nous dans la position de marchandise mesurable, pondérable, évaluable, de chose utilisable sans avis du propriétaire. Un objet pour la satisfaction d'autrui. Non. À cela nous devons dire non! Nous avons assez donné.

Je conclus: si la démocratie a proposé une personne, un vote parce que la dignité humaine est égale, je propose que nous soyons associés par l'égalité de notre sort, celui d'avoir été abusés, afin que nous nous redonnions toute la dignité incomparable dont chacune et chacun est porteur.


Jean